Épisode 07 - L'épreuve de la sentence des voix
Adieu mon amie, ma mentor,
Toi qui devais me survivre
Me voici le seul à vivre,
Et portant le poids de mes torts.
Non, ça ne va pas ! C'est nul nul nul ! On dirait ce stupide Dja Skié qui n'était bon qu'à s'enivrer et s'amouracher ! Bref pas le temps de reprendre cette strophe. C'est l'heure du concert. Nous récoltâmes trente pièces d’or et quarante pièces d’argent à la fin de ce superbe concert, qui commença par un hommage à ma famille disparue, puis continua avec des classiques que Joseph et moi adorions jouer. C’était un moment cathartique, qui me fit le plus grand bien. Je remarquais que les lumières jouait avec nous. Joseph ne semblait pas comprendre, et j’aperçu Gneneviève faire quelques tours de passe passe. Je lui en fut reconnaissant. Après la représentation, on nous offrit des boissons. Geneviève me demanda de tirer les cartes. Je retournai la Porte, le Quatre de Lunes et l’Impératrice. Les cartes parlèrent avec une clarté troublante. D’abord, la Porte : un seuil discret, une frontière qui ne s’ouvre qu’à ceux qui le désirent vraiment. Elle n’imposait rien, ne forçait personne, mais murmurait une invitation au voyage, un appel au changement, comme si le temps lui-même nous tendait la main pour tourner la page. Puis vint le Quatre de Lune, miroir de notre présent. Ses symboles s’entremêlaient — rassemblements et éloignements, antagonismes latents, ces charges émotionnelles qui pesaient sur nos épaules sans qu’on sache toujours pourquoi. Enfin, l’Impératrice se dressa devant nous, figure du futur. Une femme imposante, assise sur un trône de feuilles entrelacées, symbole de l’imprévisible : terrible ou bienfaisant, personne ne pouvait le dire. Mais une certitude émergeait, nette comme une lame : une idée, un projet était en train de prendre forme.
Ce tirage collait étonnamment bien à notre récent vécu. C’en était troublant. Mais si pour mes camarades, c’était là tout le pouvoir de ces cartes, je savais bien qu’il en était autrement. Il me faudrait un long moment pour m’harmoniser avec leur puissance, et les appréhender. Mais un jour, elles dévoileraient tous leurs pouvoirs. Geneviève m’offrit quelques osselets et une pièce d’or en échange, puis de même de la part de Scerdree. Je lui payai les huit pièces d’or dues pour l’escorte, qui si elle s’était mal terminée, n’était nullement de son fait. Nous retournâmes à l’Hallucinose, mieux gardée cette fois-ci. Il était temps pour nous d’aller nous coucher. La nuit fut agitée, les rêves plus intenses que jamais. Il était temps que cela cesse. Un humain bien bâti vint nous chercher après le petit-déjeuner : les épreuves allaient enfin commencer. Deux personnes étaient déjà dans la cariole : Carusco et Rhavi. À l’avant, un nain et un demi-orc, ainsi que notre chauffeur. Nous prîmes la route, suivis par Malathor et Valkin, direction les mines de Cajolte. Au loin, nous aperçûmes Fangoria, encapuchonnée, qui semblait nous suivre aussi. À destination, un groupe encapuchonné nous attendait. Ce fut Fangoria qui nous accueillit et nous invita à la rejoindre pour la Première Épreuve de la Sentence des Voies. Geneviève semblait nerveuse et m’attrapa la queue comme si c’était un jouet déstressant. Je pris sur moi. Valkin fut dispensé de la première épreuve. Nous nous installâmes autour des braseros, un peu méfiants. Cette première épreuve était celle du Cajolte, importée par Loh Kernos et désormais cultivée dans la région. Il s’agissait d’ingérer du cajolte pur et… de survivre. On nous tendit une sorte de puce de Cajolte. Ah, comme à l’Akadama ! Ce cajolte fermenté permettait de fabriquer le gaz qui remplissait les gondoles et nous permettrait de voyager avec le Chant des Vents. Nous avalâmes chacun notre tour notre part de cajolte.
Églantine, Rhavi et moi ne tînmes pas. Nous tombâmes dans un délire. Les autres résistèrent mieux, même ce prétentieux de Malathor. Un chariot semblait descendre au loin… Les effets s’estompèrent pour nos amis. Rhavi, Eglantine et moi sortîmes enfin de cette hallucination, mais notre vision restait déformée, comme à travers ces miroirs que l’on installait dans le labyrinthe de ma… Caravane. Madame Placard ? Les madames Placard ? Que…. QUOI ? Nous reprîmes peu à peu nos esprits, mais il fallu du temps. Chaque membre du groupe avait les iris ambrés, mais cette couleur s’estompa bien vite. La première ingestion pouvait s’avérer mortelle, mais nous avions tous réussi cette première épreuve… « À peine » une heure pour nous en remettre. Les encapuchonnés prirent une sorte de collier et nous… soignèrent ? C'était un pouvoir intéressant ! Madame Placard, qui semblait extatique (enfin pour une personne totalement apathique), nous appela pour la suite. Des hippogriffes semblaient nous attendre. Fangoria nous expliqua que nous allions commencer à percevoir les chants des vents, à sentir les courants, les trous et autres phénomènes pour guider nos montures. Geneviève monta avec moi et sembla… communier ? En tout cas, elle lança un sortilège, j’en étais sûr. Eglantine aida Scerdree à monter, Rhavi et Carusco, Malathor et Valkin. Fangoria nous expliqua : nous devions guider notre monture avec nos genoux, virer de bord à son signal, passer sous une arche et remonter pour atterrir sur un pic rocheux au-dessus des cavernes. Geneviève et moi montèrent un hippogriffe nommé Brad, qui aimait les hippogriffes blancs (ouais il était raciste et élitiste). Scerdree et Eglantine étaient avec Brett, une hippogriffe de gauche qui se fichait de ses monteurs. Il y avait aussi Pitt et Weeks, le beau gosse et la… moins chanceuse, disons.
Nous réussîmes la première manœuvre. Geneviève communiquait bien avec Brad. Mais de son côté, Scerdree tomba. Après une manœuvre périlleuse, nous parvînmes à rattraper Scerdree. Première partie validée ! Ouf ! En passant sous l’arche, ce fut Valkin qui tomba, rattrapé cette fois par Eglantine. Nous atterrîmes et fûmes même gratifiés d’applaudissements de la part de Placard. Cette deuxième épreuve était finie… Ouf ! Plus de peur que de mal. Nous devions rapporter chacun dix souches de cajote pour réussir l’épreuve des ombres, depuis ces tunnels, ces « vignes » labyrinthiques, aux sombres dangers : créatures, vapeurs… Nous avions quatre heures. Hâtons-nous ! Chaque groupe prit son boyau. Nous avancions lentement, quand un gros bruit retentit. Des tentacules transpercèrent le mur et attrapèrent Geneviève !
Malheur !
Nous attend un nouveau combat
Alors nos fleurets dégainons,
Ces tentacules, tranchons bas !
Et nos voltes, synchronisons