Épisode 03 - Le Pont, la brume et les brigands

Oyez ! Ah, mes chèr·es ami·es !
L'histoire de ma compagnie !
Qui, par le Sort et l'ironie
S'en est retrouvée réunie.

Ayant quitté Epistéa
Prenant la route des rois nains
Soudain l'équipée rencontra
Une flèche sur son chemin

« Quoi ? Une flèche ! » La mélodie que je composais s’évanouit dans un juron. « On ne peut même plus chanter en paix ! Très bien, qu’ils goûtent à nos griffes ! » Nous nous trouvions en plein milieu d’un pont-péage, ce passage étroit où les ombres de ce qui fut autrefois un poste de garde s’allongeaient vers nous comme des doigts avides, quand une bande de brigands nous tomba dessus. Trois figures difformes se pressaient aux arches des fenêtres, quatre autres, estropiées, avançaient au sol. Des nains, peut-être ? En tous cas, leurs silhouettes tordues ne laissaient planer aucun doute sur leurs intentions. Le combat s’engagea sans sommation. Scerdree, telle une ombre, glissa derrière l’un des assaillants et le taillada de sa courte épée et de sa dague, avec une précision mortelle. Eglantine, se jeta sur un autre et lui entailla le flanc d’un vif coup de hache. De mon côté, j’essayai d’invoquer un instrument fantomatique, une mélodie ensorcelante qui déstabilise en temps normal les adversaires, mais le brigand visé resta sourd à ma magie. Frustré, je me rabattais sur Eglantine, lui murmurant des vers élégants pour galvaniser son courage. Geneviève, elle, ne perdit pas de temps : d’un geste ample, elle leva un brouillard épais qui engloutit tout — alliés comme ennemis.

Mais alors que le combat faisait rage, que des nains volaient, et que des vagues tonnantes rugissaient, Geneviève était toujours aux abonnées absentes, enfin semblait-il. Il fallait voir, quel combat ! Quand la brume se dissipa enfin, Scerdree avait mis en fuite les survivants d'un cri... A vous glacer le sang (même pour un Kobold), non sans que l’un d’eux ne me taillade au passage. Et là, au milieu du chemin, nous découvrîmes… un serpent. Un serpent ? Non, bien sûr : Geneviève, transformée, qui nous observait avec un sourire énigmatique. Nous tentâmes de poursuivre le nain en fuite, sans succès (et ce malgré les menaces de lui jeter Serpentine, enfin, Geneviève, s'il ne se ravisait pas). A bout de souffle, perclus de fatigue, nous décidâmes donc de nous reposer au poste. Geneviève prit alors le temps de soigner nos blessures, surtout celle d’Eglantine, dont la plaie semblait empoisonnée. De mon côté, je remarquai une étrange serpe à la lame bleutée qui, je ne savais ni quoi ni pourquoi, me rappelait vaguement quelque chose. Puis, notre druidesse appela Maurice, un corbeau femelle visiblement âgée et par endroit déplumée. Puis, sans transition, alors que nous étions occupé à nettoyer un peu les lieux pour prendre nos aises pour la nuitée, elle procéda à une « autopsie » sur l’un des brigands, sans rien découvrir de probant — une simple malformation de naissance. Enfin, elle s’isola, plongée en transe, tandis que nous partagions un repas frugal mais délicieux. La nuit tomba. Geneviève monta la garde, et nous nous endormîmes, malgré lkes étranges feulements dans la nuit. Et le rêve (ce fameux rêve qui nous avait réunit) revint, plus pressant que jamais : _« Hâtez-vous, la cité des chimères a besoin de vous ! ». Ce chevalier nous pressait, de plus en plus... Cela devenait visiblement urgent.

Au matin, nous reprîmes la route, traversant enfin ce maudit pont. Les flancs de montagne nous guidèrent vers une crête familière; et pour cause c'était celle qui nous aparaissait en rêve ! Nous grimpâmes jusqu'à sonsommet d’où s’offrit à nous un spectacle à couper le souffle : une steppe immense, et au cœur d’un cirque rocheux, la silhouette d’Ikhâr, notre destination. La ville, entourée de camps bigarrés, bruissait de vie, mais le spectacle ne fut que de courte durée. Un bruit étrange retentit au-dessus de nos têtes : un véhicule improbable, un ballon tiré par des hippogrifes, propulsé par une hélice, se dirigeait vers les constructions bancales de la cité. Quelle étrange machine ! Eglantine et Geneviève semblaient fascinées ; Scerdree et moi, plutôt stupéfaits. Dans les faubourgs de la ville à l'architecture... particulière, je repérai des roulottes… Ma caravane ? Nous nous approchâmes, croisant des nains aux vêtements plus rustres qu'Epistéa, d’autres êtres totalement dissimulés sous des capuches. L'ambiance dans ces camps était globalement joyeuse. Des groupes se pressaient autour de tables chargées de victuailles, bercés par des musiques, des artistes circaciens, des jeux et des rires d’enfants. A force de recherche, bien que nous ne trouvâmes pas ma caravane, nous arrivâmes près d’un barde que je reconnus : Joseph, un vieux camarade de l’Akadama Vox, qui arborait toujours son épaisse moustache. Je décidai d'offrir à mes ami·es une tournée de boisson. C'était mérité, après tout ! . Eglantine, Scerdree et Geneviève allèrent commander leurs boissons auprès d’un halfelin, tandis que j'allais écouter Joseph et me signalait à lui. Après un échange, quelques souvenirs et la promesse d'un duo le lendemain soir, ainsi que quelques conseils de « séduction » plus ou moins avisés (qui, de toutes manières ne me concernaient en rien tant je me suis toujours senti éloigné de ces choses), je rejoignis mes compagnons.

Nous quittâmes la zone extérieure, traversant le cercle du répit qui ceignait la cité. Des tentes blanches, ornées de fanions aux marteaux, attiraient notre attention. Et là, nous le vîmes : Malathor, ce mystérieux combattant qui nous avait tant aidé lors de notre combat en Oblivion (cité dont on ne trouvait toujours aucune trace), accompagné de son fils, Valkin. Les présentations faites, et la fascination de Valkin pour notre compagnie qui devait paraître baroque à bien des égards, Malathor, qui n'avait pas perdu de temps, nous révéla ce qu'il avait appris lors de sa propre enquête. Il s'avéra que le chevalier elfe de nos rêves, n'était autre que Lon khernos, le chef de la compagnie des Vents. Et que celui-ci avait « lancé un appel» auquel il nous fallait répondre pour en savoir plus. Il nous fallait nous rendre à la capitainerie, répondre à l’appel de Kernos. Nous avancions, traversant les cercles qui entouraient de la cité, croisant des spectacles de montreurs d’ours, des saltimbanques, jusqu’à ce que nous arrivions à la capitainerie où nous fûmes accueillis par une femme, demie-elfe aux yeux cernés de rides et d'une belle paire de bicycles. Elle appela le « commandant » plusieurs fois avant que celui-ci (en fait le Capitaine) ne réponde. Cette dame sorti donc de son placard qui lui servait de bureau pour nous conduire dans une salle adjacente, où nous découvrîmes des êtres aux yeux ambrés : une humaine au crâne rasé, au regard sévère, tenant un dossier débordant de feuillets; un demi-orc albinos, bardé d’une hache; et, fumant une fine cigarette, un humain, peut-être, coiffé d’un grand chapeau à panache, vêtu de rouge.

Tous portaient ces yeux dorés, comme l’elfe de nos songes.
Ainsi continue l'histoire.
Pourtant, demeure le doute
Nous réserve-t-elle gloire,
Ou bien funeste déroute ?

Là ! peut-être nos réponses
Aux questions que nous avions.
Nous reviendrons, je l'annonce,
Bientôt, en Oblivion !